08 janvier 2008
Jeanne était au pain sec...
Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. - Et j'ai baissé la tête,
Et j'ai dit : - Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec. - Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. - Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.
Victor Hugo
01:40 Publié dans Textes fondateurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hugo, destop, cabinet, amour
25 novembre 2007
Le temps perdu

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'œil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?
Jacques Prévert
10:25 Publié dans Textes fondateurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Prévert, temps, poésie, travailleur, et un raton laveur
19 novembre 2007
Voyage à Bo-Bio land
Hier malgré le froid nous avons décidé de nous aérer un peu… Au début nous avions pensé aller à Auvers sur Oise, c’est joli tout plein et il y a un musée très bien fait, puis la flemme aidant, nous avons changé d’avis et fini par atterrir à Vincennes, au parc floral.
Il y avait un salon …bio.
Je n’étais pas très chaud mais comme le temps ne l’était pas non plus : je me suis laissé tenté, et puis, ma douce aime bien tous ces trucs là. De plus, RARRISSIME, c’était gratuit car c’était le dernier jour (sinon tu raques 8€ pour avoir le droit d’acheter à l’intérieur).
Mais là, il suffisait de remplir une fiche avec tes coordonnés et le tour était joué : ne voulant pas être fiché par les Renseignements Généraux comme mangeur de tofu macrobiotique, j’ai choisi un nom d’emprunt. En dépouillant ces fiches, les organisateurs seront à mon avis très surpris par la discrétion inhabituelle de notre Président de la République lors de son passage sur le salon …
Bref, un salon c’est un salon quoi … mais là il est Bio. Des exposants, des stands de ce qui est le plus équitable, le plus bio etc.etc. On présente des associations, des journaux, des vendeurs de graines, des amoureux de la nature des plantes et des p’tits oiseaux : jusqu’ici tout va bien !
Content !
Ensuite ça calme ! J’avais toujours eu un doute sur le fait que le Bio, l’équitable, idées très louables et généreuses par ailleurs, soient avant tout une histoire de mode, voire vulgairement de pognon….
Bin je crois bien que j’ai eu la confirmation hier….Des marchands partout ! vendant des voyages équitables pour aller vivre chez les papous comme des papous… (C’est une image hein, j’ai rien contre les papous moi !), d’autres des vêtements en poils de ragondins du Kazakhstan (tondu sans violence), des poulets bio, du pinard bio, des lits, des meubles, des pilules, des chaussures avec des semelles 100% latex, des chaussettes, de la vaisselle on se serait cru dans un vrai supermarché ! Rien de bien grave me direz vous : non rien de bien grave vous répondrais-je.
Nous avons continué à déambuler dans les allées quand ma douce me dit :
- Oh des frites ! Ca te dit ?
- Oui pourquoi pas. Bonjour madame 2 cornets de vos « vraies frites paysannes » s’il vous plait
- Voilà monsieur : ça fait 7 €
- 7€ ?
- Oui c’est des pommes de terre naturelles
- Vous auriez pu les éplucher au moins
- Ca se fait comme ça : à la paysanne. C’est des produits bio : ça fait 7 €
- AH ! si c’est Bio !
Cinquante balles 2 cornets de frites ! Remarque elles étaient bonnes : à la moutarde ( bio) j’ai pas osé demander du Ketchup ….
Donc voilà, inutile de vous préciser que niveau prix tout est l’avenant : cela doit expliquer le type de population qui se bousculait autour des stands : ça ne sentait pas l’eau de Cologne de chez Tati croyez moi.
Qui peut se payer tous ces trucs là ? Les bobos ! Y ‘en avait partout ! À droite, à gauche, en haut, en bas, avec des poussettes, des cabas remplis, des boites, des bouteilles, des poireaux, des potirons et d’autres légumes tellement étranges que tu crois qu’ils ont poussé sur Mars… Y'a plus qu'eux pour vouloir bouffer des rutabagas.*
Quand j’étais enfant, je me souviens, on allait faire ses courses dans les boutiques de quartier, c’était le temps du boucher du coin , de la crémerie d'a coté et des Prisunic, des Uniprix, des supermarchés Mamouth, c’était les 70’s. Tout le monde n’y achetait pas la même la même chose mais tout le monde allait grosso modo dans les mêmes magasins acheter sa pitance. Maintenant il y a des magasins pour pauvres et des magasins pour moins pauvres. Dernière étape : On fait même des salons pour des catégories spécifiques comme ça au moins ils sont surs de ne pas se mélanger avec la populace qui sent l’ail et mauvais vin (même pas bio !).
On n’arrête pas le progrès…
Sur ce,
* ça a un goût entre le choux et le radis.... il parait.
16:35 Publié dans Au quotidien... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bobos, bio, rutabagas, lutte des classes, frites, topinambourg


















